
Nokia, ou comment dominer l'objet et rater la plateforme
Pendant un instant, l'objet numérique le plus important du monde était européen. Au milieu des années 2000, près d'un téléphone sur deux portait le nom d'une entreprise finlandaise née d'une papeterie. Nokia ne vendait pas que des terminaux : il définissait ce qu'un téléphone pouvait être, du clavier au jeu Snake, jusqu'à une fiabilité devenue légendaire.
Puis le téléphone a cessé d'être un objet pour devenir une plateforme : un écran, un magasin d'applications, un système d'exploitation. Nokia avait le matériel, pas l'écosystème. Symbian était un bon système sans développeurs. En 2013, Microsoft rachetait la division mobile ; deux ans plus tard, la marque avait quasiment disparu des poches.
La nuance est importante : Nokia n'a pas disparu comme entreprise. Après l'épisode Microsoft, le groupe a déplacé son centre de gravité vers les réseaux et l'infrastructure télécom, un métier qui génère encore plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires. Mais ce que cette histoire mesure ici, ce n'est pas l'effacement comptable de Nokia : c'est la perte d'un potentiel européen sur l'objet grand public le plus stratégique de l'époque, puis le passage de cette trajectoire mobile sous propriété américaine.
Part de marché vendeur de Nokia sur les smartphones : 49 % en 2007, l'effondrement se jouant en 2011 (16 %), ~3 % début 2013. À ne pas confondre avec la part de l'OS Symbian, plus élevée. Chiffres recoupés Gartner / IDC / consensus analystes.
On peut dominer un objet et rater complètement ce qu'il est en train de devenir.


