Avant les plateformes américaines, Internet ressemblait à un archipel. Et une partie de cet archipel était européenne.
Un dossier en quatre parties pour comprendre ce qu'on a eu, ce qu'on a perdu - et ce que ça dit de notre prochaine chance. On commence par le plus simple : se souvenir d'une journée.
On répète que les Américains ont gagné Internet. C'est vrai aujourd'hui. Ça ne l'a pas toujours été.
Au début des années 2000, Internet ressemblait à un archipel : des îles distinctes, des langues séparées, des propriétaires différents - et une bonne partie de ces îles étaient européennes. Au Portugal, on cherchait sur SAPO, né en 1995 à l'Université d'Aveiro : six étudiants qui avaient indexé le web lusophone avant même que le terme « moteur de recherche » ne veuille dire grand-chose. En 1999, c'était le site le plus visité du pays. Chaque pays avait son SAPO.
Sur le moment, personne n'y voyait une époque. C'était juste Internet.
Ce dossier raconte cet archipel en quatre temps : ce qu'on faisait dessus, la carte des géants qu'on a perdus, pourquoi la bulle de l'an 2000 a peut-être cassé l'ambition européenne, et ce que tout cela dit de notre deuxième chance - l'IA. On ouvre par le plus accessible : une journée, hier et aujourd'hui.
La même journée, les mêmes gestes. À gauche, l'Internet de 2004 : une marque différente à chaque étape, et presque toutes européennes. À droite, 2026 : les mêmes besoins, absorbés par une poignée d'entreprises - toutes américaines.














On n'a pas seulement changé de marques. On a échangé un écosystème vivant, pluriel et largement européen contre quatre propriétaires américains. La suite du dossier raconte comment, enseigne après enseigne, l'archipel a été racheté.
Le sujet n'est pas seulement nostalgique. Perdre Caramail, Skyblog, SAPO, Skype ou TomTom, ce n'est pas seulement perdre des logos familiers. C'est perdre des points d'entrée dans la vie numérique quotidienne : chercher, écrire, publier, appeler, se déplacer, acheter, rencontrer.
On a aussi perdu des fleurons économiques. Derrière chaque service absorbé, racheté ou marginalisé, il y avait des équipes, des ingénieurs, des designers, des commerciaux, des centres de décision, des savoir-faire. Quand les plateformes disparaissent, les emplois hautement qualifiés ne disparaissent pas toujours d'un coup, mais ils se déplacent. La valeur, elle, finit souvent ailleurs.
Et puis il y a les données. Les gestes sont restés les mêmes, mais les traces qu'ils produisent partent désormais dans d'autres infrastructures, sous d'autres lois, au service d'autres modèles économiques. Cambridge Analytica a montré ce que le ciblage pouvait faire à la politique. Les révélations Snowden ont rappelé que la donnée n'est jamais seulement commerciale : elle est aussi stratégique.
C'est peut-être cela, la vraie bascule : l'Europe n'a pas seulement perdu des plateformes. Elle a perdu des entreprises, des emplois, des capteurs et une partie de sa capacité à lire le monde numérique qu'elle habite.
Nokia, Ericsson, Alcatel, SAP, Skype, SAPO, ARM, TomTom… Dans la deuxième partie, on quitte la nostalgie pour regarder la carte réelle des champions européens du numérique.
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